À quelques jours d’intervalle, des « experts indépendants » rejoints par le haut commissariat à la stratégie et au plan ont livré leur analyse de la situation des finances publiques et invité à mettre en œuvre des réformes pour assurer la réduction du déficit public et la soutenabilité de la dette dans les prochaines années. Avec certaines nuances mais sans surprise, ces deux rapports appellent de leurs vœux une même politique : la poursuite du démantèlement de l’État social, des services publics et une remise en cause du système des retraites pourtant déjà très éloigné de ce qu’il devrait être. D’autres solutions préservant la population sont pourtant techniquement et politiquement possibles.
Un constat partagé
La situation des finances publiques sous les mandats du Président de la République s’est considérablement dégradée. La dette publique a explosé, elle représente 3500 milliards d’euros en mars 2026 soit 117,5 % du PIB contre 2147 milliards en 2016 pour 96 % du PIB. Le déficit public pour 2025 s’établit à 152,5 milliards d'euros, soit 5,1 % du produit intérieur brut (PIB) alors qu’il ne représentait que 76 milliards d’euros et 3,4 % du PIB en 2016. A politique inchangée, le solde public devrait continuer à se dégrader pour atteindre 6,8 % du PIB en 2030.
Ce constat devrait, à lui seul, permettre de conclure à l’échec de la politique économique et budgétaire menée depuis 2017 dans une période où la croissance économique est demeurée atone. Il faut dire que même à l’époque, il n’y avait que les nigauds pour croire à la fable du ruissellement. Dans le même temps, la précarité et la pauvreté des plus fragiles ont augmenté.
Une explication partielle et partiale des causes
Pour nos experts, la dégradation de la situation des finances publiques résulte principalement de facteurs structurels et exogènes :
- Le vieillissement de la population qui implique, à législation constante, une hausse mécanique des dépenses de santé, de retraites et de perte d’autonomie. Le Haut commissariat au plan souligne toutefois que la baisse de la natalité va conduire à une diminution des prestations sociales et du coût de l’enseignement qui devrait compenser globalement l’impact du vieillissement.
- La hausse des taux augmenterait sensiblement la charge d’intérêts de la dette et expliquerait un tiers de la dégradation du déficit en 2027.
Deux choix conjoncturels viendraient toutefois accentuer cette tendance : l’augmentation massive des dépenses militaires annoncées par la loi de programmation et la fin de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes sociétés.
L’analyse des causes de la dégradation des finances publiques est ainsi curieusement amputée d’un de ses principaux facteurs : la formidable continuité des politiques budgétaires et fiscales menées ces 15 dernières années conduisant à une diminution structurelle des impositions des grandes entreprises et des ménages les plus fortunés ; la crise Covid et les mesures de soutien à l’activité souvent invoquées à juste titre sont, pour leur part, loin d’expliquer l’entièreté de la dégradation.
Une politique fiscale assumée aux effets délétères
En 2025 ATTAC et le Comité pour l’annulation des dettes illégitimes soulignaient que, sur la seule période 2018-2023, les baisses d’impôts représentaient un manque à gagner cumulé de 308 milliards d’euros. A législation fiscale et sociale inchangée depuis 2018, la dette publique n’aurait pas excédé 99 % du PIB, et 93,8 % du PIB si la législation avait été figée en 2013. Les précédents gouvernements avaient en effet déjà largement ouvert la voie !
Les cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux ménages les plus aisés ont représentés, sur la seule période 2018-2023, près d’un quart de la hausse de la dette !
A cela, il faut ajouter d’autres aides aux entreprises, subventions directes, aides financières, exonérations d’impôts, exonérations de cotisations sociales, à l’efficacité rarement mesurée, représentant d’après le haut commissariat au plan entre 82 et 187 milliards d’euros par an selon le périmètre retenu et qui constituerait ainsi un des premiers poste de la dépense publique !
Solidaires Finances Publiques l’affirmait déjà en 2022 dans son bilan fiscal et social du premier quinquennat d’Emmanuel Macron :
La politique économique et sociale menée pendant le quinquennat a délibérément cherché à éroder les recettes publiques au nom de la compétitivité des entreprises, du pouvoir d’achat, à commencer par celui des plus riches. L’aggravation mécanique du déficit budgétaire qui en résulte dans un premier temps, contribue à augmenter la dette publique, pour préparer dans un second temps les esprits à l’annonce de coupes massives dans les dépenses publiques, fragilisant un peu plus encore le financement des services publics et des politiques sociales.
La horde d’experts convoqués n’a probablement pas été en mesure de faire la synthèse des études documentées sur le sujet !
Des propositions orientées
Bien sûr les rapports n’éludent pas tout à fait la question de la hausse des prélèvements pour réduire le déficit budgétaire mais d’emblée, ils affirment qu’elle ne pourrait qu’être limitée eu égard à la concurrence fiscale entre États.
L’objectif principal du rapport sur la transparence des finances publiques est d'abord de taper sur les dépenses sociales et les services publics. Un effort cumulé de 125 milliards d’euros devrait être fourni sur 5 ans pour stabiliser la dette publique.
Avec la dramatisation qui sied à un tel exercice, les experts exhortent les responsables politiques au courage et les appellent à une action rapide. Faute de pouvoir agir sur les prélèvements obligatoires, il y a donc lieu, selon eux, d’interroger l’efficience des dépenses sociales et en particulier la santé et les retraites !
Bien sûr des discussions démocratiques doivent s’engager pour envelopper le tout ; il ne faudrait pas en plus que les mesures décidées d’avance paraissent illégitimes !
Avec l’engagement et l’abnégation de celles et ceux qui proposent toujours des efforts pour les autres, ils vantent les mérites d’une désindexation des dépenses en excluant, en grands seigneurs, les bénéficiaires du RSA et du minimum vieillesse. Il ne faudra oublier personne compte tenu de l'ampleur de l'effort, notamment les fonctionnaires !
Rien en revanche sur les dépenses fiscales, les exonérations de cotisations sociales, les aides aux entreprises !
Dans une contradiction dont seuls les experts ont la maîtrise, ils annoncent vouloir tout envisager mais ne proposent qu’une seule recette, la même menée depuis de trop nombreuses années : Du sang, des larmes et beaucoup d’efforts pour les salariés, les fonctionnaires, les retraités, les usagers des services publics, les bénéficiaires de prestations sociales !
Le commissariat au plan pour sa part, reconnaît pudiquement qu’un travail sur les niches fiscales au coût élevé et à l’efficacité non mesurée permettrait sans nul doute d’améliorer le rendement et l’équité de l’impôt.
Solidaires Finances Publiques dénonce depuis plusieurs années déjà le coût des niches fiscales qui profitent essentiellement aux plus fortunés et aux plus grandes entreprises tels que le crédit d’impôt pour l’emploi d’un salarié à domicile, les crédits pour les investissements locatifs ou le crédit impôt recherche.
Puisque le recensement des mécanismes permettant d’éviter légalement l’impôt est déjà largement amorcé, il est urgent de supprimer tous ceux dépourvus de la moindre efficacité économique et qui, de surcroît, sont socialement injustes !
Celles et ceux qui auront fait l’économie de la lecture de ces rapports n’auront rien perdu. Rien de nouveau sous le soleil. Toujours la même rengaine…
Il est urgent qu’un discours différent, à la fois juste et honnête, se fasse enfin entendre.